mardi 17 mars 2009
Le mot d'ordre du régime: Faire voter les Algériens, coûte que coûte!
par D.Benchenouf
Les élections, pour une société avancée, consistent à permettre aux citoyens de choisir librement leurs représentants. Depuis les élus municipaux, qui sont appelés à gérer la commune, jusqu’au Chef de l’Etat qui devra présider à la gestion du pays tout entier, en passant par les députés et les sénateurs qui seront appelés, au nom du peuple qui les a désignés, à voter les lois de la nation.
Au fil de l’Histoire, le génie des hommes, aiguillonné par leur soif de justice et d’égalité, a mis en place un système qui empêche qu’un homme, ou un groupe d’hommes, puisse se servir de la légitimité que lui confère son élection, pour monopoliser le pouvoir, et s’imposer, d’une façon ou d’une autre à la multitude. Ce système est fondé sur la séparation des pouvoirs.< class="fullpost">
Ainsi, les pouvoirs législatif, représenté par le parlement, exécutif, investi par le Président de la République et le gouvernement, et législatif, qui émane du juge d’instruction, du juge de siège et des jurés, ne peuvent interférer l’un sur l’autre. Ils sont indépendants les uns des autres. Ainsi, nul ne peut abuser du Pouvoir, puisque celui-ci ne peut être détenu entre les mains d’un seul homme, ni d’un seul groupe d’hommes."
Les nations dont le peuple a pu, un tant soit peu, imposer ce modèle de gestion politique de leurs Etats sont des démocraties. Il est vrai que leur situation véritable n’est pas toujours conforme à l’esprit qui procède de cette vision.Parfois, des effets pervers, comme l’immixtion des grands capitaux dans la gestion politique, notamment dans le financement des campagnes électorales, ou la manipulation de l’opinion par le biais des médias acquis par des groupes de pression, viennent altérer la nature essentielle de la démocratie, mais cela reste relatif. Toutes les démocraties ne se valent pas. Il existe des différences fondamentales entre des pays comme la Suède, la France, la Grande Bretagne ou les USA.Mais ces pays restent des démocraties. Des pays où le pouvoir et la légitimité, sont issus, peu et prou, de la seule volonté populaire. Même s’il arrive que celle-ci est quelque peu canalisée, voire manipulée par des groupes de pression.
Par contre, dans certains pays, dont le nôtre est l’archétype, le modèle démocratique, érigé à grands renforts de propagande, n’est qu’une coquille vide. Une démocratie en trompe l’œil, une façade peinturlurée, vidée de toute substance.
Ainsi l’Etat algérien claironne-t-il au monde entier qu’il est bâti sur des institutions démocratiques qui tirent leur légitimité de la volonté populaire, et donc du suffrage universel.
L’Etat algérien copié, pour l’essentiel, sur le modèle français, dispose de toutes les Institutions républicaines possibles et imaginables. Rien n’y manque : Constitution adoptée par référendum, Municipalités élues, Assemblées départementales élues, Assemblée nationale, Sénat, Conseil constitutionnel, Président de la République.En théorie, ces institutions, élues au suffrage universel direct, sauf pour le Sénat qui est élu par les grands électeurs, et le Conseil constitutionnel dont les neufs membres sont en partie désignés par le Parlement, et en partie désignés par le chef de l’Etat, sont dotées des pouvoirs qui leur sont dévolus par la Constitution du pays.
Dans la réalité, la dure réalité, elle ne sont que des coquilles vides, habitées par des mercenaires avides et corrompus. Des opportunistes qui ne disposent d’aucun pouvoir. Aucun ! Leur seule mission est d’obéir aux injonctions qui leur parviennent des cercles qui détiennent le vrai pouvoir. Un pouvoir clandestin qui a squatté la république.Un pouvoir qui ne dit pas son nom, qui n’est prévu ni par la Constitution, ni par un quelconque consensus populaire, si ce n’est celui de la force brutale et de la corruption, de ceux qui ont accaparé le pouvoir du peuple, au nom d’une légitimité qui s’est longtemps réclamé de la révolution algérienne, qui dit ne s’être fixée que le bonheur du peuple, mais qui, dans la réalité, n’a eu d’autre effet que d’instaurer un régime personnel, puis progressivement celui d’un clan, à des fins souvent sordides.
Aujourd’hui, après bien des vicissitudes, la junte militaire, qui s’est installée à la tête du pays à la faveur d’un coup d’Etat, parce que ses généraux se sont sentis menacés dans leur survie même, par les islamistes que le peuple venait d’élire, a réussi à retourner la situation contre ceux-ci, qui ont été poussés sciemment, et de façon méthodique, à entrer en rébellion contre le régime. Ce fut une décennie atroce qui se distingua par une violence inouïe. Une violence qui fit plus de 200 000 morts. Cette tragédie, dont l’occident ne sait encore rien des monstrueuses manipulations de la junte, et des souffrances indicibles du peuple, jettera l’effroi au sein du monde entier lorsque toute la réalité en sera connue.
Aujourd’hui, même si les différents acteurs de la tragédie algérienne, dans sa globalité, ont changé, si le pouvoir a changé de mains, il n’en demeure pas moins, que l’Algérie demeure un Etat de non droit. Un Etat dont le pouvoir est partagé par des clans dont les seules motivations, surtout depuis que des ressources inespérées ont été engrangées par le pays, sont de continuer à piller le pays, et de le mettre en coupe réglée.
Tous les Algériens savent aujourd’hui, pour l’avoir constaté de leurs propres yeux, que tous ces dirigeants qui disent agir pour le bien commun, se sont enrichis de façon scandaleuse. Certains de ces « chefs de guerre » et de « grands serviteurs de l’Etat », impliqués dans des fortunes internationales considérables, comptent parmi les hommes les plus riches du continent, si ce n’est du monde.
La corruption instituée en valeur suprême, qui ronge la société de fond en comble, et qui procède d’une mauvaise conscience généralisée, pour noyer le poisson, et permettre aux grands prédateurs de se livrer à la grande rapine en toute impunité, a bouleversé toutes les valeurs sociales. Les Algériens, qui ont su de tout temps, malgré les affreuses vicissitudes qui ont jalonné toute leur Histoire, conserver ces valeurs qui faisaient d’eux un peuple sobre, pudique et hautement moral, se sont retrouvés dans une société où tous les repères ont été désintégrés. La société algérienne est devenue une sorte de jungle où seul le plus fort, et le plus méprisable, a droit de cité. La prostitution vivrière fait rage. La mendicité, la délinquance, la violence et l’injustice, l’émigration clandestine et massive de la jeunesse algérienne, sont devenues les seuls « vraies constantes de la nation ».
Le peuple, tenu dans l’ignorance des véritables méfaits du régime, et des périls qui menacent le devenir même de leur nation, continuent, dans leur ensemble d’essayer de survivre.
Entre-temps, le régime avait mué. Une conjoncture mondiale particulièrement favorable, et d’autres facteurs endogènes, avaient permis à d’autres forces que la dizaine de généraux qui tenaient le pays, de s’engouffrer au sein des cercles de décision. Ces forces nouvelles, des forces d’argent, issues des clients et des parents des généraux, et le nouveau clan fort, celui du président, liées à des groupes financiers internationaux, avaient profité de la formidable embellie financière pour se placer en aval de la circulation financière et s’imposer dès lors comme des partenaires à part entière de l’exercice du pouvoir.
L’actuel président, candidat à sa propre succession, et qui a réussi à devenir l’arbitre de la situation, mais surtout le principal pourvoyeur des privilèges, a réuni le consensus autour de sa « réélection »
Il ne subsiste pas l’ombre d’un doute qu’il va remporter ces élections pour un troisième mandat.
Le seul problème, majeur et qui n’avait jamais été envisagé par ce régime carnassier, a surgi subitement. C’est l’abstention aux élections.Le peuple, guidé, peut être, par un instinct collectif de conservation, ou par lassitude, a fini par opter, presque naturellement pour le boycott de toutes les élections. En mai 2007, lors des élections législatives, les Algériens se sont massivement abstenus d’aller voter. Ce fut une catastrophe pour le régime. Il n’avait jamais été désavoué de façon aussi magistrale. Plus de 65% d’électeurs ont boudé les bureaux de vote. Et parmi les 35% de votants, dont la majorité est issue du pays profond, où les gens votent par peur de représailles administratives, il y a eu 10% de bulletins nuls. Des bulletins dans lesquels les votants ont profité du secret de l’isoloir pour exprimer par écrit, ou par des dessins, toute leur haine du régime.
Il en résulta que le régime eut a surmonter un problème qui entamait sérieusement sa crédibilité de façade, puisque ce parlement de façade devenait le parlement le moins représentatif du monde. Cela ne l’empêcha pas de passer outre et d’investir ces députés de la honte, et du rejet populaire, des attributions que la constitution ne conférait qu’à un parlement régulièrement élu.
Mais sans l’avouer, et surtout sans le laisser paraître, le régime comprit que le peuple algérien avait trouvé la voie la plus sûre, et la plus pacifique, de chasser les ogres qui se repaissaient de sa chair vive. Une sorte de révolution par la passivité. C’est pour cela que le régime ne recourût pas à un référendum populaire pour réviser l’article de la constitution qui limitait le nombre de mandats présidentiels à deux, et qui était donc un obstacle à la réélection du président actuel.Le régime, échaudé par l’abstention des dernières législatives, se garda bien de recourir à une consultation populaire, et décida, en violation flagrante avec les dispositions de cette même constitution, de la faire réaménager par un parlement qui ne représentait pas le peuple. Avant cette consultation honteuse, les députés et sénateurs reçurent une augmentation substantielle de leurs émoluments. Leur revenu principal, sans compter leurs nombreux privilèges, passa à plus de vingt cinq fois le SMIG. Malgré cela, pour éviter toute mauvaise surprise, le scrutin ne se fit pas à bulletin secret, mais à main levée. La constitution fut violée publiquement, sous l’œil des caméras.
Mais le problème demeurait entier pour le régime. Le spectre du boycott planait plus que jamais. D’autant que des consignes, des mots d’ordre, et le bouche à oreille populaire venaient cristalliser le sentiment latent de résistance. Le boycott devenait un devoir de résistance. Les Algériens découvraient, alors qu’il n’en avaient pas de réelle conscience, qu’ils avaient la possibilité de changer le cours de l’histoire, ou plutôt qu’ils était dans leurs moyens de faire revenir le fleuve de l’histoire dans le lit d’où il avait été détourné.
Mais il serait naïf de croire que le régime allait se faire cette révolution qui ne manquerait pas de l ‘emporter.
C’est pour cela que depuis ces dernières semaines, une formidable machine à faire voter les Algériens s’est ébranlée.Tous les relais du pouvoir ont été réactivés. L’UGTA, le syndicat du pouvoir, tombé entre les mains de mercenaires appointés, et qui dispose de moyens colossaux, a été envoyé au charbon.
Le président « sortant », alors que la campagne électorale n’a pas été officiellement ouverte, se rend aux quatre points du pays, promettant, à en veux-tu en voilà, des effacements de dettes, des augmentations de salaires, des logements, et une infinité de mesures aussi démagogiques qu’elles sont irresponsables.
Les imams de toutes les mosquées d’Algérie ont reçu l’instruction officielle de leur ministre de tutelle de sermonner les fidèles, de leur commander d’aller voter, et de leur signifier que l’abstention est un grave pêché.
Les confréries religieuses qui jouissent d’une popularité certaine au sein des populations les plus défavorisées, et les moins politisées, ont reçu des subsides, et des sollicitations empressées pour prendre leur bâton de pèlerin.
Les chefs coutumiers des tribus, dans le pays profond où cette forme d’organisation sociale est encore très vivace, ont été largement mis à contribution. Contre rétribution.
Une propagande primaire, à coups de centaines de milliards, invite les Algériens à remplir leur « devoir civique » les appelant à « voter pour n’importe qui, mais à voter », sachant que les illustres lièvres qui vont essayer de faire croire à une saine compéttion n’ont pas l’ombre d’une chance. Il aurait même été décidé de leur offrir des voix, lors de l’opération de bourrage, pour faire plus réaliste, et moins folklorique.
Mais d’autres moyens, moins avouables, ont été déployés.Parmi eux, le régionalisme.Dans l’Oranie, d’où est issu le président « sortant », un message particulièrement pernicieux est diffusé sans vergogne. Il y est suggéré que les Kabyles et les gens de l’Est veulent empêcher un natif de l’Ouest de diriger le pays. Ils veulent, leur dit-on, pour une fois que nous avons un président de l’Ouest, le faire partir et installer un des leurs.
Dans le pays profond, où une certaine ingénuité, pour ne pas dire de la naïveté, continue de faire prendre des vessies pour des lanternes, la personne du président « sortant » est sublimée au point où il est crédité de la baraka. Regardez, leur dit-on, depuis que ce président est là, l’argent pleut sur notre pays, des logements sont construits, des routes, le pays est devenu un immense chantier. Et on veut nous l’enlever.
Et pour faire bonne mesure, et saupoudrer de bâton, toute cette salade de carottes, parce qu’ils savent que la ficelle a déjà fait ses preuves, une rumeur amplifiée à la démesure, avertit les abstentionnistes que tous ceux qui n’auront pas une carte de vote estampillée de la mention « a voté », n’auront droit à rien. Ni au logement, ni au recrutement, ni à un quelconque droit, et surtout pas au passeport. Parce que ces spécialistes de la manipulation des masses savent que presque tous les jeunes algériens veulent quitter le pays, et qu’ils accepteraient n’importe quoi, sauf d’être privés du fameux sésame pour une vie meilleure.
Ces menaces savamment distillées, et de plus en plus pressantes, peuvent être un facteur important de démobilisation du mouvement salvateur qui se prépare.
C’est pour cela que nous devons tous nous mobiliser pour les contrecarrer.Si nous parvenons à nous unir, il ne pourront rien contre nous.Nous devons tous savoir, et faire savoir, que si nous rendons massivement dans les bureaux de vote, même pour y mettre des bulletins nuls, ils n’auront aucune difficulté à les transformer en plébiscite. Ils sont orfèvres en la matière. Ils ont juste besoin qu’il y ait foule le jour du vote. Le reste, c’est leur job. Cela fait presque un demi siècle qu’ils s’y sont spécialisés.< /span >
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2 commentaires:
Dans le même ordre d'idée, voici un blog qui allie une revue historique et une perspective d'avenir.
http://vision2009.over-blog.com/
Malheureusement, des articles assez courts ...
Dans le même ordre d'idée, voici un blog qui allie une revue historique et une perspective d'avenir.
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Malheureusement, des articles assez courts ...
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